Traditions
L'inalpe et la désalpe, la montagne comme calendrier
L'inalpe est la montée, la désalpe est la descente. Ce rythme structure encore le calendrier agricole de la vallée. Les sources donnent les alpages, les troupeaux et les altitudes, mais pas les dates.
Deux mots pour deux mouvements. L'inalpe est la montée des troupeaux à l'alpage au début de l'été. La désalpe est la descente à l'automne, décrite comme souvent festive. Les sources rassemblées pour ce journal confirment que ce rythme structure encore le calendrier agricole local. Elles ne donnent en revanche aucune date pour Samoëns, et cet article n'en invente pas.
Deux migrations en sens inverse
C'est le fait qui donne sa forme à l'année dans cette vallée, et il tient en une phrase : au printemps, les bêtes montaient et les hommes partaient.
Les tailleurs de pierre du Giffre pratiquaient une émigration saisonnière calée sur le rythme du chantier et non sur celui de la ferme. L'absence pouvait durer six à huit mois par an. À la fin du XVIIIe siècle, environ neuf hommes sur dix dans la vallée travaillaient la pierre. C'était l'organisation économique de la vallée entière.
Pendant ces mêmes mois, les troupeaux montaient. Deux déplacements saisonniers, exactement opposés, dans la même vallée et sur le même calendrier : les uns vers les chantiers d'Annecy, de Carouge ou des canaux de Bonaparte, les autres vers les alpages du Criou et de Bostan. Ce qui restait au village pendant l'été n'était donc ni tout le bétail ni tous les hommes.
Où montaient les troupeaux
Les alpages communaux sont nommés par les sources, et ils sont huit : Bostan, Chardonnière, Cuidex, Folly, Freterolles, La Vullie, Oddar et Vigny. Ce sont ces montagnes qui ont donné au village son gentilé de Septimontains, même si le compte ne tombe pas juste.
Les altitudes se lisent dans les refuges qui portent ces noms. Le refuge du Folly est à 1 560 mètres, le refuge Bostan-Tornay à 1 763 mètres, à environ trois heures et quart de marche depuis Samoëns. Au-dessus du vallon de Bostan, la Tête de Bostan culmine à 2 406 mètres, et le départ classique se fait au parking des Allamands, à 1 096 mètres.
Ces chiffres situent l'alpage dans l'étage subalpin, qui monte dans les Alpes du Nord jusqu'à environ 2 200 à 2 300 mètres. C'est l'étage des mélèzes, des aulnes verts et des rhododendrons, au-dessus de la forêt de sapins et d'épicéas et en dessous des pelouses d'altitude. La montagne d'été n'est pas le sommet : c'est la bande d'herbe entre les deux.
Qui monte, et qui reste
Une exploitation actuelle de la commune montre que la montée n'est jamais totale. Au GAEC le Criou, exploitation à deux associés, les génisses partent en alpage à Bostan tandis que les vaches laitières pâturent près de la ferme.
Ce partage a une raison mécanique. Une vache laitière doit être traite deux fois par jour, et son lait doit être collecté ou transformé aussitôt. Une génisse, non. Envoyer en altitude ce qui n'a pas besoin d'être suivi quotidiennement, garder en bas ce qui exige deux rendez-vous par jour : la répartition suit la contrainte du lait, pas celle de l'herbe.
Lorsque les laitières montent malgré tout, c'est la transformation qui monte avec elles. Le cahier des charges du reblochon impose une fabrication deux fois par jour, immédiatement après chaque traite, sans réfrigération du lait, et une transformation sur le lieu même de l'exploitation ou de l'alpage. C'est ce que la fabrication en altitude implique concrètement.
Le lait change de montagne avec la saison
Le Vallon d'en Haut, hameau où se trouve la ferme, était organisé autour d'une fruitière, c'est-à-dire d'une laiterie coopérative. Le détail que donnent les sources vaut tout un calendrier : en hiver, la fruitière transformait le lait des fermes du hameau ; en été, celui qui descendait de la montagne du Criou.
Une même installation, deux origines de lait selon la saison. C'est l'inalpe vue depuis le bas de la vallée : non pas une fête, mais un changement de provenance dans le bidon du matin.
Un droit d'herbe qui s'est plaidé
L'alpage n'a pas toujours appartenu à ceux qui y montaient. Les alpages de Frétérolle, Chardonnière, Vigny et Cuidex avaient appartenu à l'abbaye d'Aulps. C'est un jugement rendu en 1438 par le duc de Savoie Amédée VIII qui en confirme la possession aux habitants, en même temps qu'il leur accorde des franchises. Le Gros Tilleul de la place a été planté pour marquer cette date.
Le droit d'alpage se lit encore dans un texte bien plus récent. Le décret qui réglemente la réserve naturelle nationale de Sixt-Passy, voisine, interdit les chiens même tenus en laisse et le survol à moins de trois cents mètres, mais autorise la circulation motorisée liée aux nécessités d'alpage, de forêt et de refuge. Une protection réglementaire de haute montagne réserve donc une exception à l'activité pastorale, et c'est la meilleure preuve qu'elle n'a pas cessé.
Ce que les sources ne datent pas
Aucune date de montée ni de descente n'est documentée pour Samoëns. La désalpe est décrite comme souvent festive dans la tradition des Alpes du Nord, mais aucune des sources consultées ne rapporte de fête de désalpe dans la commune, ni son organisation, ni son parcours.
La commune a bien des rendez-vous qui touchent au monde pastoral. « Samoëns 1600 en Tradition » se tient à 1 600 mètres d'altitude, de 10 heures à 16 heures, avec musique savoyarde, lancer de hache, mini-ferme, balades à poney, grolle flambée et cor des Alpes. Les sources ne le présentent pas comme une désalpe, et il n'est pas donné ici pour tel.
Une dernière limite, plus sérieuse. Les sources signalent que les alpages de la vallée sont toujours en activité, mais que les enjeux actuels de la filière, déprise et pression de la prédation, ne sont pas chiffrés pour ce secteur. C'est le point où la description d'un calendrier ancien cesse de renseigner sur son état présent.
Sources : pages « Samoëns et ses hameaux » et portrait du GAEC le Criou sur le site de l'office de tourisme ; articles « Samoëns », « Frahans » et « Réserve naturelle nationale de Sixt-Passy » de Wikipédia en français ; altituderando pour les altitudes du vallon de Bostan ; cahier des charges de l'appellation reblochon de Savoie.