La vallée
Le Vallon d'en Haut, le hameau où se trouve la ferme
Un hameau de Samoëns organisé autour d'une fromagerie coopérative et d'un bassin où buvaient les troupeaux. C'est là que se trouve la ferme, au 732 de la route qui porte son nom.
Le Vallon d'en Haut est l'un des neuf hameaux qui composent la commune de Samoëns au-delà du bourg. Il forme, avec le Vallon d'en Bas, un ensemble que les sources regroupent souvent sous le nom des Vallons. La ferme se trouve au 732 route de Vallon d'en Haut, à 719 mètres d'altitude, soit seize mètres au-dessus du chef-lieu.
Un hameau organisé autour d'une fruitière
Le fait qui structure le Vallon n'est ni sa chapelle ni sa position : c'est sa fruitière. Une fruitière est une laiterie et fromagerie coopérative, où le lait des exploitations du secteur est apporté et transformé sur place.
Le rythme était quotidien, et il changeait avec la saison. En hiver, la fruitière transformait le lait des fermes du hameau. En été, elle transformait celui qui descendait de la montagne du Criou, où montaient les troupeaux. Un hameau organisé de cette façon n'est pas une addition de fermes voisines : c'est une unité de production, avec un point de collecte commun et un calendrier commun.
De nombreuses fermes entourent par ailleurs un bassin, où venaient boire les troupeaux. Le bassin est le second point fixe du hameau, après la fruitière.
Ce qu'il y a au-dessus
La montagne d'été du Vallon, c'est le Criou. C'est le sommet le plus identifiable depuis Samoëns, et son altitude ne fait pas l'unanimité : les sources consultées donnent 2 023 mètres ou 2 207 mètres, sans qu'il soit possible de trancher ici. L'écart est trop important pour une simple imprécision de mesure et tient probablement à deux points sommitaux distincts désignés par le même nom.
Le massif qui surplombe le village abrite aussi le gouffre Mirolda, dont l'entrée se situe à 2 342 mètres pour une profondeur de 1 733 mètres. En 2004, il était considéré comme la deuxième cavité souterraine la plus profonde du monde. Ce genre de record évolue, et le chiffre doit se lire avec son année.
La chapelle, et deux sources qui ne disent pas la même chose
Chaque hameau de Samoëns avait sa chapelle. Celle des Vallons pose un problème de datation.
Le tableau des chapelles de la commune, dans l'article de Wikipédia consacré au patrimoine religieux de Samoëns, la laisse sans date de fondation. Une autre source la date du 24 août 1636 et lui donne une dédicace précise à saint Jacques, saint Philibert et saint Joseph, en reconnaissance de leur protection lors d'une épidémie de peste survenue en 1630.
Les deux versions ne se contredisent pas frontalement : l'une ne sait pas, l'autre affirme. Mais la seconde n'a pas été recoupée, et elle est donnée ici comme telle.
Le bassin, la fontaine et deux lettres
La fontaine du Vallon d'en Bas présente un bassin rectangulaire orné de motifs rectangulaires et un écusson portant les lettres « R.F. ».
Ces deux lettres sont datantes. Elles désignent la République française, qui ne signifie rien ici avant le rattachement de la Savoie en 1860. La fontaine, ou au moins son écusson, a donc été refaite après cette date, vraisemblablement sous la IIIe République. C'est un exemple utile de ce qu'on peut lire sur une pierre : une date gravée date la pierre, pas toujours le bâtiment.
1540 : les terres de Vallon changent de mains
Le hameau apparaît dans l'histoire seigneuriale du village. En 1540, Charles Jay, châtelain de Samoëns, rachète aux Faucigny-Lucinge les terres de Vallon, le château et les droits seigneuriaux qui y sont attachés. Le château en question, le château de la Tour, sera reconstruit au siècle suivant et deviendra la mairie du village en 1842.
Le nom réapparaît trois siècles plus tard, porté par Marie-Louise Jaÿ, née à Samoëns en 1838, qui offrira le jardin botanique de la Jaÿsinia à sa commune. Aucune des sources rassemblées ici n'établit de lien de parenté entre le châtelain de 1540 et la fondatrice du jardin. Il n'en est donc affirmé aucun.
Ce que le hameau est devenu
Les hameaux de Samoëns vivaient de façon largement autonome par rapport au bourg. Ils étaient structurés autour de l'agriculture et de l'agro-pastoralisme, chacun avec sa chapelle, ses fermes, parfois un four à pain et une fontaine collective. Chaque hameau élisait traditionnellement un représentant qui siégeait au conseil municipal du bourg.
Cette organisation a reculé. Le repère le plus net se trouve dans un hameau voisin : l'école de Plampraz, dernière école de hameau en fonctionnement, a fermé en 1990.
À l'échelle de la commune entière, le recensement de 2023 compte 5 532 logements, dont 77,1 % de résidences secondaires ou occasionnelles et environ 20 % de résidences principales. Ce chiffre porte sur toute la commune et non sur le seul Vallon, mais il donne la mesure de ce qui a changé : une vallée où les habitants permanents sont minoritaires dans le parc de logements de leur propre village.
La ferme
Le bâtiment que restaure le Chalet Demi Lune est une demi-ferme du XIXe siècle, au Vallon d'en Haut, avec des murs de soixante-dix centimètres de pierre de taille et de moellons au rez-de-jardin. Ces murs ont été montés par des gens d'ici, avec la pierre d'ici, à l'époque où la fruitière tournait tous les jours. Ce que cela impose au chantier tient en une règle : le mur doit respirer. La restauration est en cours, et l'ouverture est visée pour l'hiver 2027-2028.
Sources : pages « Samoëns et ses hameaux » de l'office de tourisme ; articles « Samoëns », « Patrimoine religieux de Samoëns » et « Fontaine de Samoëns » de Wikipédia en français ; fiche CAUE 74 du château de la Tour ; données INSEE de la commune 74258.