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Histoire

1438, la charte des franchises de Samoëns

Deux actes signés à sept ans d'intervalle donnent à un village de montagne le droit d'élire ses magistrats et la propriété de ses alpages. Le second est fêté en plantant un arbre, qui est toujours là.

Une franchise médiévale n'est pas une liberté au sens moderne. C'est un ensemble de privilèges et d'exemptions fiscales concédés par un seigneur à une communauté d'habitants, par écrit, et donc opposable. Samoëns obtient les siennes en 1438, du duc de Savoie Amédée VIII. Le même acte règle une question qui pesait bien plus lourd sur la vie quotidienne : à qui appartiennent les alpages.

1431droit d'élire jusqu'à quatre syndics
1438franchises et restitution des alpages
4alpagesrendus aux habitants
1438plantation du Gros Tilleul sur la place

D'abord le droit d'élire

En 1431, Amédée VIII accorde aux habitants de Samoëns le droit de se réunir dans l'église chaque Pentecôte pour élire jusqu'à quatre syndics. Le syndic est un magistrat économique permanent : il administre les affaires de la communauté, ses biens, ses comptes.

Le détail de la Pentecôte n'est pas anecdotique. Il fixe une date, un lieu et une périodicité. Une assemblée qui se tient chaque année au même moment et au même endroit devient une institution, et une institution laisse des traces écrites.

Le texte dit « jusqu'à quatre syndics ». C'est un plafond, pas un effectif imposé. La communauté décide combien elle en élit, dans la limite fixée par le duc, ce qui est déjà une marge d'autonomie.

Ensuite les alpages

Sept ans plus tard, par un jugement rendu en 1438, le même duc confirme aux habitants la possession des alpages de Frétérolle, Chardonnière, Vigny et Cuidex. Ces alpages avaient auparavant appartenu à l'abbaye d'Aulps. C'est donc un arbitrage rendu contre un établissement religieux et en faveur d'une communauté villageoise.

Le mot employé par les sources est celui de jugement, pas de donation. Un jugement suppose un litige : deux parties qui se disputent un bien et un tiers qui tranche. Les sources rassemblées ici ne disent ni depuis combien de temps la contestation durait, ni comment l'abbaye d'Aulps avait acquis ces alpages, ni ce qu'elle a obtenu en échange de les rendre. Elles disent seulement qui a gagné.

Il faut mesurer ce que représente un alpage pour une vallée qui vit du pastoralisme. La surface agricole utile en fond de vallée est étroite, coincée entre la rivière et la pente. L'alpage est la ressource qui permet de nourrir un troupeau en été, donc de le garder l'hiver, donc de produire du lait, du fromage et de la viande. Perdre l'usage de quatre alpages, c'est réduire d'autant le nombre de bêtes que la communauté peut tenir.

  • Chardonnièrerendu en 1438
  • Cuidexrendu en 1438
  • Frétérollerendu en 1438
  • Vignyrendu en 1438
  • Bostanalpage communal
  • Follyalpage communal
  • La Vulliealpage communal
  • Oddaralpage communal

La graphie de ces noms varie selon les sources : le même alpage s'écrit Frétérolle dans le récit de la charte et Freterolles dans la liste des alpages communaux. Les huit alpages ci-dessus sont ceux que les sources donnent comme communaux ; les quatre premiers sont ceux que le jugement de 1438 nomme.

Un arbre pour marquer la date

C'est pour célébrer ces deux événements, l'élection des syndics et la restitution des alpages, que le Gros Tilleul est planté sur la place du village en 1438. Il y est toujours.

Une communauté qui plante un arbre pour dater un acte administratif fait un pari sur la durée. Le pari a tenu : l'arbre est aujourd'hui classé, et c'est le seul témoin vivant de la charte, les documents étant conservés ailleurs.

Ce que cela dit d'une vallée de bout du monde

Samoëns n'est pas un village oublié qui aurait été découvert tardivement. La chronologie disponible montre l'inverse.

En 1144, Ponce de Faucigny fonde l'abbaye de Sixt, dans la vallée voisine : le Haut-Giffre est déjà structuré religieusement et seigneurialement. En 1167, une charte de l'évêque de Genève accorde au bourg sa juridiction ecclésiastique ; c'est la première mention écrite de Samoëns. En 1355, le comte Amédée VI institue par lettres patentes le marché du mercredi, qui se tient encore. En 1431 et 1438, Amédée VIII accorde les droits politiques et les alpages.

Autrement dit, une vallée de haute montagne, en cul-de-sac, obtient en trois siècles une juridiction, un marché, une assemblée élue et un patrimoine foncier collectif, tous concédés par écrit. Ce n'est pas le traitement qu'on réserve à un lieu négligeable. Un duc n'accorde pas de franchises par bienveillance : il les accorde à des communautés qui comptent, parce qu'elles produisent, qu'elles paient, ou qu'elles tiennent une frontière.

La suite, et ce qu'on n'en sait pas

Trente-huit ans après la plantation de l'arbre, en 1476, un raid de cavalerie bernoise descendu du col de Joux Plane ravage le bourg. Le château est détruit, l'église brûlée, la halle du marché rasée. Les sources rassemblées ici ne disent pas ce que sont devenues les franchises dans les décennies qui suivent, ni si elles ont été confirmées après la reconstruction.

Une trace, en revanche, a survécu. Dès 1646, le sceau du conseil communal porte le blason encore en usage aujourd'hui, où figurent une chaîne de sept monts aux sommets enneigés et un sapin. Les sept monts renvoient à la richesse des alpages communaux, le sapin à celle des forêts. Deux siècles après le jugement d'Amédée VIII, la communauté se représentait donc elle-même par ce que la charte lui avait garanti.

Sources : articles « Samoëns » et « Gros tilleul de Samoëns » de Wikipédia en français ; page histoire de Samoëns sur ialpes.com ; fiche commune 74258 de Geneawiki ; blasonnement relevé via armorialdefrance.fr.

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