Histoire
D'où vient le nom de Samoëns
La version locale lit dans le nom du village les sept montagnes qui l'entourent. Les toponymistes y voient un nom de famille germanique. Les deux lectures tiennent, et aucune source consultée ne permet de choisir.
Il existe deux explications au nom de Samoëns, et elles n'ont rien à voir l'une avec l'autre. La première, celle qu'on entend dans le village, décompose le mot en « sept monts ». La seconde, celle des toponymistes universitaires, y lit un nom de peuple burgonde, sans montagne dedans. Les sources consultées pour ce journal exposent les deux et ne tranchent pas. Ce qui suit ne tranche pas non plus, mais dit précisément ce que chacune avance.
La version des sept monts
Elle part du franco-provençal. Sat signifie sept, moens signifie mont, du latin montis. Le nom désignerait donc les montagnes et les alpages qui entourent le bourg.
Cette lecture n'est pas restée théorique : elle a produit le nom des habitants. On dit les Septimontains et les Septimontaines, et personne n'emploie autre chose. Un gentilé formé sur une étymologie est un engagement fort. Il fige une explication dans l'usage quotidien, bien avant que quiconque ait vérifié quoi que ce soit.
C'est aussi cette version que reprend la communication touristique de la commune, sous la formule du village aux sept monts.
Le problème du compte
Il y a un défaut d'ajustement, et il vaut mieux le dire que le masquer.
La source qui nomme les alpages communaux à l'origine du gentilé en liste huit : Bostan, Chardonnière, Cuidex, Folly, Freterolles, La Vullie, Oddar et Vigny. Le blason de la commune, lui, en dessine sept. Le nom en annonce sept.
Ce n'est pas une réfutation. Une étymologie populaire n'a jamais eu besoin de compter juste, et la liste des alpages d'une commune peut varier selon l'époque et selon ce qu'on range sous le mot. Mais c'est une fragilité, et elle mérite d'être connue de ceux qui répètent la formule.
Ce que disent les toponymistes
Deux spécialistes de la toponymie, Théophile Perrenot et Albert Dauzat, proposent une tout autre origine. Pour eux, le nom est germanique oriental, c'est-à-dire burgonde.
Ils font remonter Samoëns à des formes reconstruites, Sammodens et Sanmodens, elles-mêmes issues d'un primitif Sânemôdingos, qu'on traduit par « chez les Sânemôdingi ». Autrement dit : le lieu des gens de Sânemôd. Le nom désignerait un groupe humain installé là, pas un relief.
Deux précisions d'honnêteté. Ces formes sont des reconstructions, marquées comme telles par les sources : personne n'a lu Sânemôdingos sur un parchemin. Et le type de formation, un nom de lieu bâti sur un nom de personne germanique, est courant dans toute la région, ce qui rend l'hypothèse plausible sans la rendre démontrée.
Les formes anciennes ne départagent pas
On dispose d'une série de graphies datées, ce qui est déjà beaucoup pour un village de montagne.
- 1167Samoens
- XIIIe siècleSamoën, Samoyn, Semoeng
- 1652Samoùan
La première date est celle de la première mention écrite du bourg, dans une charte de l'évêque de Genève qui lui accorde sa juridiction ecclésiastique. Ces formes attestent l'ancienneté du nom et sa stabilité relative sur cinq siècles. Aucune des sources consultées ne s'en sert pour conclure dans un sens ou dans l'autre, et il ne serait pas sérieux de le faire ici à leur place.
Le blason, lui, a choisi
Dès 1646, le sceau du conseil communal porte les armes encore en usage aujourd'hui. Le blasonnement décrit un écu écartelé : au premier et au quatrième, de gueules aux trois pals d'or ; au deuxième et au troisième, d'azur à un sapin de sinople soutenu d'une chaîne de sept monts de sable aux sommets enneigés d'argent.
Chaque élément a une lecture donnée par les sources. Les trois pals d'or sur fond rouge rappellent les armes des seigneurs de Faucigny, maîtres de la vallée aux XIIe et XIIIe siècles. Le sapin dit la forêt. Les sept monts disent les alpages.
Ce qui compte ici, c'est la date. En 1646, la lecture par les sept monts était déjà assez établie pour être gravée dans le sceau officiel de la communauté. L'hypothèse burgonde, elle, date du XXe siècle. Le village avait choisi sa version trois cents ans avant que la question soit posée.
Pourquoi les alpages sont le vrai sujet
Que le nom vienne ou non des montagnes, les montagnes étaient bien la richesse du village, et la question de leur propriété a occupé le Moyen Âge local.
En 1438, le duc de Savoie Amédée VIII rend aux habitants la possession des alpages de Frétérolle, Chardonnière, Vigny et Cuidex, qui avaient appartenu à l'abbaye d'Aulps, et leur accorde des franchises. Cette charte est l'acte fondateur de la commune, et quatre des huit alpages cités plus haut y figurent nommément. Sept ans plus tôt, le même duc avait accordé le droit d'élire des syndics.
Les alpages sont donc, dans l'ordre des faits datés, le sujet autour duquel le village s'est constitué comme communauté. Vigny est d'ailleurs à la fois un alpage et l'un des neuf hameaux de la commune. Le nom en garde peut-être la trace, ou pas. La chose qu'il désignerait, elle, est parfaitement documentée.
Une dernière remarque, pour situer l'échelle. La commune comptait 2 203 habitants au recensement de 2023, sur 97,29 km². Le nom d'un lieu de cette taille se transmet par la bouche bien plus que par l'écrit, et c'est exactement ce qui rend ce genre de question difficile à trancher : entre 1167 et le premier linguiste qui s'y intéresse, il n'y a personne pour noter comment les gens prononçaient, ni pourquoi.
Sources : articles « Samoëns » de Wikipédia en français et de Wikiwand ; fiche de la commune 74258 sur Geneawiki ; page du blason de Samoëns sur Le Margalier ; données INSEE de la commune. Les hypothèses toponymiques sont attribuées à Théophile Perrenot et Albert Dauzat par ces mêmes sources.