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La vallée

Les neuf hameaux de Samoëns

Un hameau de Samoëns n'était pas un quartier périphérique. C'était une unité qui avait sa chapelle, ses fermes, souvent son four et sa fontaine, et un représentant au conseil municipal du bourg.

La commune de Samoëns compte neuf hameaux en plus du bourg central. Le chiffre est donné de façon convergente par les sources touristiques et municipales, et il se vérifie sur la liste des chapelles ouvertes au public, qui en compte neuf elle aussi. Ces hameaux vivaient de façon largement autonome par rapport au chef-lieu, structurés autour de l'agriculture et de l'agro-pastoralisme.

9hameaux en plus du bourg
97,29km²superficie de la commune
1457la plus ancienne fondation de chapelle datée
1990fermeture de la dernière école de hameau

Ce qu'un hameau avait

La description qui revient dans les sources est constante : chaque hameau avait sa chapelle, ses fermes, parfois un four à pain et une fontaine collective. Ces quatre éléments ne sont pas décoratifs. Ils correspondent aux quatre choses qu'on ne peut pas transporter tous les jours quand on habite à plusieurs kilomètres du bourg, dans une commune de 97,29 km² : le culte, l'abri, la cuisson du pain et l'eau.

S'y ajoute un cinquième élément, politique. Chaque hameau élisait traditionnellement un représentant qui siégeait au conseil municipal du bourg. Un hameau de Samoëns n'était donc pas un lieu-dit avec quelques toits, mais une communauté reconnue, dotée d'une voix.

La logique d'implantation

Elle se lit à trois échelles, et les sources documentent surtout la plus petite.

À l'échelle du bâtiment, la ferme du Haut-Faucigny est orientée : les pièces à vivre tournées vers le sud, à l'adret, la grange ouverte à l'arrière, côté nord, pour qu'on puisse la charger de foin depuis l'amont de la pente, l'entrée principale en façade est. Un bâtiment de montagne se pose en fonction du soleil et de la pente, pas en fonction de la route.

À l'échelle de la vallée, les hameaux se répartissent des deux côtés. Vercland est sur le versant nord. Bérouze est décrit comme le premier hameau qu'on rencontre en arrivant depuis Taninges. Les Vallons remontent un vallon latéral, sous la montagne du Criou. Le parking des Allamands, point de départ de randonnées vers le vallon de Bostan, se situe à 1 096 mètres, soit près de quatre cents mètres au-dessus du bourg : l'écart d'altitude à l'intérieur d'une même commune est considérable.

À l'échelle de la commune enfin, les alpages commandent tout. Quatre d'entre eux, Frétérolle, Chardonnière, Vigny et Cuidex, sont rendus aux habitants par la charte de 1438. Vigny est à la fois un alpage et un hameau, ce qui dit assez comment le territoire s'organisait : en bas les fermes, en haut l'herbe d'été, et un même nom pour les deux.

Les neuf, et ce qui est attesté pour chacun

  • Les VallonsVallon d'en Haut et Vallon d'en Bas, organisés autour d'une fruitière et d'un bassin
  • Verclandversant nord, haut lieu des tailleurs de pierre, chapelle de 1626
  • Les Allamandschapelle du XIXe siècle, un étang, des fermes anciennes
  • Chantemerlechapelle de 1684 dédiée à saint François de Sales
  • Le Bérouzele premier hameau depuis Taninges, un château, une chapelle de 1481
  • Mathonexun oratoire, une chapelle fondée en 1656 et reconstruite au début du XXe
  • Vignyune chapelle non datée, une grande ferme qui sert de repère
  • Plamprazla dernière école de hameau de la commune, fermée en 1990
  • Etelleyprès du lieu-dit Vernay, chapelle fondée le 24 août 1457

Deux d'entre eux méritent un mot de plus.

Vercland est présenté comme un haut lieu historique des tailleurs de pierre, ce qui le rattache directement à l'histoire des frahans, et comme le berceau des premiers téléskis de Samoëns. Le même hameau porte donc l'ancienne économie de la vallée et celle qui l'a remplacée.

Plampraz garde le repère le plus net de ce qui a changé. Son école, dernière école de hameau en fonctionnement dans la commune, a fermé en 1990. Elle accueillait jusqu'à trente-cinq élèves, tous niveaux confondus, dans une seule salle.

Les chapelles datent les hameaux

Les fondations connues s'étalent sur deux siècles et demi : 1457 à Etelley, 1481 à Bérouze, 1626 à Vercland, 1656 à Mathonex, 1684 à Chantemerle. Trois chapelles restent sans date dans le tableau consulté, dont celle de Vigny.

Celle des Vallons pose un problème que ce journal a déjà signalé : le tableau du patrimoine religieux de la commune la laisse sans date, tandis qu'une autre source la fonde le 24 août 1636, en reconnaissance d'une protection lors d'une épidémie de peste survenue en 1630. Les deux versions sont données côte à côte ici, faute de pouvoir les départager.

Au-delà des chapelles, la commune compte une vingtaine de croix recensées, datées de 1817 à 1988, et une vingtaine d'oratoires, datés de 1743 à 1926. C'est un patrimoine de bord de chemin, dispersé exactement comme les hameaux le sont.

Les noms qui ne sont pas dans la liste

Neuf est un chiffre commode, et il ne couvre pas tout ce que les sources appellent un hameau.

Le hameau de Chévreret apparaît dans la presse régionale comme le lieu d'installation de l'un des deux derniers tailleurs de pierre de Samoëns. Il n'est pas dans la liste des neuf. D'autres toponymes reviennent dans les descriptions de sentiers : Les Mouilles, Les Noyerets, Secouen, La Combe aux Flés, Le Villard.

Trois autres noms circulent, Le Perret, Les Moulins et La Combe, mais les sources consultées n'en gardent que des traces indirectes, une croix ici, un nom de rue là. Rien ne permet d'en faire des hameaux à part entière, et ils ne sont donc pas comptés comme tels ici. La liste des neuf est celle des sources ; elle n'est pas un cadastre.

Ce que la liste est devenue

L'organisation décrite plus haut a reculé, et le chiffre qui le dit le mieux est un chiffre de logement. Le recensement de 2023 compte 5 532 logements dans la commune, dont 77,1 % de résidences secondaires ou occasionnelles et environ 20 % de résidences principales, pour 2 203 habitants.

Un hameau qui avait sa chapelle, son four, sa fontaine et son représentant au conseil municipal supposait des gens qui y dormaient toute l'année. Les chapelles sont toujours là et se visitent. Le reste s'est transformé, et le Vallon d'en Haut, où se trouve la ferme, en donne un exemple précis : sa fruitière tournait tous les jours, hiver comme été.

Sources : pages « Samoëns et ses hameaux » de l'office de tourisme ; articles « Samoëns » et « Patrimoine religieux de Samoëns » de Wikipédia en français ; fiches de randonnée Cirkwi et altituderando ; article « Les deux derniers Frahans de Samoëns » de 123savoie.com ; données INSEE de la commune 74258.

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