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Patrimoine

La Jaÿsinia, le jardin alpin offert à Samoëns en 1906

Une femme née à Samoëns en 1838 et partie à quinze ans a fait fortune à Paris, puis a offert un jardin botanique à son village. Elle n'avait pas de frère associé, contrairement à ce qu'on lit souvent.

Commençons par la correction, parce qu'elle revient partout. Il n'y a jamais eu de « frères Cognacq-Jay ». Le nom accolé désigne un couple marié : Ernest Cognacq (1839-1928) et Marie-Louise Jaÿ (1838-1925), fondateurs du grand magasin parisien La Samaritaine. C'est l'usage courant qui combine le nom du mari et le nom de jeune fille de l'épouse, comme pour le musée Cognacq-Jay à Paris, qui conserve leur collection. Le jardin de Samoëns porte le nom de la femme, seule, parce que c'est son village.

1906création du jardin
3,5hasuperficie selon Wikipédia, 3,7 selon d'autres sources
2 200espècesflore de montagne des cinq continents
2023retrait du Muséum national d'Histoire naturelle

Qui était Marie-Louise Jaÿ

Elle naît à Samoëns le 1er juillet 1838, fille d'un maçon et d'une mère paysanne, dans une famille de trois fils et cinq filles où les enfants travaillent tôt. Un père maçon, dans cette vallée et à cette date, c'est très probablement un homme qui partait à la saison, comme les autres.

À quinze ans, elle quitte Samoëns pour Paris. Elle est embauchée comme vendeuse à La Nouvelle Héloïse, une boutique de lingerie, où elle rencontre Ernest Cognacq en 1856. Au moment de leur mariage, en 1872, elle est première vendeuse au rayon confection du Bon Marché. Ensemble ils fondent et développent La Samaritaine, dont le succès repose sur des pratiques alors nouvelles : des prix fixes affichés, et la possibilité d'essayer les vêtements en magasin.

Le couple n'a pas d'enfants. Une partie de la fortune part en œuvres philanthropiques, et une partie de celles-ci revient au village natal.

Deux ans de terrassement

Le jardin est créé en 1906. Les travaux de terrassement et de plantation, dirigés par le paysagiste Jules Allemand, que certaines sources prénomment Louis-Jules, durent deux ans, de 1905 à 1906, et mobilisent environ deux cents ouvriers français et italiens. Une source complémentaire donne 1909 comme date d'ouverture au public.

Le terrain n'a rien d'un parc de plaine. Il est calcaire, en forte pente, exposé au sud-ouest, et s'étage entre environ 700 et 800 mètres d'altitude. Deux cents hommes pendant deux ans sur un versant pareil, ce n'est pas un aménagement d'agrément : c'est un chantier de génie civil, dans une vallée qui avait justement les hommes pour le mener.

Ce qu'il y pousse, et les chiffres qui divergent

Wikipédia en français donne environ 2 200 espèces végétales, représentant la flore de montagne des cinq continents, dont près de 700 espèces dans la seule rocaille expérimentale. D'autres sources, touristiques, avancent des nombres plus élevés : jusqu'à 4 800 plantes, ou 2 500 espèces, ou « plus de 8 000 plantes ».

Ces écarts ne se tranchent pas ici. Ils s'expliquent probablement par ce qu'on compte, espèces, variétés ou pieds plantés, et par l'année du comptage. Le chiffre de 2 200 espèces est celui qu'on peut citer avec sa source.

La superficie pose le même problème à plus petite échelle : 3,5 hectares selon Wikipédia en français, 3,7 hectares selon d'autres sources touristiques. L'écart tient sans doute au périmètre retenu, jardin seul ou jardin et abords.

Un herbier scientifique complète l'ensemble, avec environ 40 000 planches collectées depuis la fin du XIXe siècle.

Un château en ruine au milieu des plantes

Le parcours du jardin traverse les ruines d'une forteresse du XIIe siècle, le château de Montanier, aussi appelé château de la Tornalta. Il a été le siège d'une châtellenie du XIVe au XVIe siècle, sur un promontoire ensoleillé près de l'église, et il a été démoli lors du raid bernois de 1476. Il n'a jamais été reconstruit. Ses ruines sont intégrées au parcours du jardin depuis 1906.

Une chapelle, dédiée à Notre-Dame de la Compassion, se trouve également sur le site.

1936, puis 2023

À partir de 1936, la direction scientifique du jardin est confiée au Muséum national d'Histoire naturelle, qui y installe un laboratoire de botanique doté d'un herbier, connu sous le sigle GRIFEM. Pendant près de quatre-vingt-dix ans, un jardin communal de Haute-Savoie a donc été dirigé scientifiquement depuis Paris.

En 2023, le Muséum s'est retiré. La commune de Samoëns en est depuis la seule gestionnaire. C'est le changement le plus important qu'ait connu le site depuis sa création, et il est récent.

Le jardin conserve ses reconnaissances : le label « Jardin remarquable », l'inscription au titre des monuments historiques le 17 octobre 2016, et le label « Patrimoine du XXe siècle ».

Le second cadeau

Onze ans après le jardin, en 1917, Marie-Louise Cognacq-Jaÿ finance une rénovation intérieure de style néo-gothique de l'église Notre-Dame-de-l'Assomption. C'est un deuxième acte de mécénat envers Samoëns, distinct du premier, et moins connu.

Elle meurt à Paris le 27 décembre 1925. Le jardin porte son nom de jeune fille depuis dix-neuf ans à ce moment-là. Il le porte toujours.

Sources : articles « Jardin botanique alpin La Jaÿsinia », « Marie-Louise Cognacq-Jaÿ », « Château de Montanier » et « Patrimoine religieux de Samoëns » de Wikipédia en français ; page « Marie-Louise Cognacq-Jaÿ, une Septimontaine au grand destin » de l'office de tourisme de Samoëns.

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