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Traditions

Le mazot, le grenier qu'on bâtit à part

Une ferme du Haut-Faucigny met le logis, l'étable et la grange sous un seul toit. Le mazot est l'exception à cette règle : un bâtiment minuscule, monté à part, avec une technique qui n'emploie aucun métal.

La ferme savoyarde du Haut-Faucigny réunit sous un même toit le logis, l'étable et la grange. C'est le principe même du bâtiment : une exploitation intégrée, allongée, où l'on passe de l'habitation au bétail et au foin sans sortir. Le mazot contredit ce principe. C'est un petit grenier, monté séparément, avec ses propres murs et son propre toit, pour abriter ce qu'on ne voulait pas laisser dans le grand bâtiment.

Des madriers, et pas un clou

La technique est décrite de façon constante par les sources : le mazot est construit en madriers de bois assemblés sans clou ni vis, chaque pièce s'emboîtant dans la suivante. Le procédé porte le nom de blocage, ou de grenier en madriers.

Ce que cela implique mécaniquement se déduit sans peine. Un assemblage à emboîtement tient par sa géométrie et par son poids, pas par une fixation ponctuelle. Il n'y a donc rien à rouiller, rien à cisailler, et rien qui fende le bois en travaillant. Les madriers, empilés, peuvent gonfler et retirer avec l'humidité de l'air sans que l'ouvrage se disloque, parce qu'aucune pièce n'est bloquée par une pointe.

C'est le même raisonnement que celui qui commande la reprise d'une charpente ancienne : dans un bâtiment de bois, ce qui casse, c'est ce qui empêche le bois de bouger.

Surélevé, et une échelle très raide

Deuxième trait constant : les mazots savoyards sont typiquement surélevés, et desservis par une échelle de meunier très raide.

Les sources donnent la raison, et elle est prosaïque. Une échelle raide et un plancher décollé du sol empêchent les rongeurs d'accéder aux réserves de grain. Ce n'est pas un parti pris de forme, c'est un dispositif. Un grenier posé au sol se visite par toutes les bêtes du hameau ; un grenier sur pieds ne se visite que par l'échelle.

Ce qu'on y mettait

Le grain. C'est ce que les sources nomment explicitement, à travers la mention des réserves de grain qu'il fallait protéger.

Pour le reste, elles ne disent rien. On lit ailleurs que le mazot servait aussi à mettre à l'abri le linge, les papiers de famille ou les provisions de bouche, et c'est peut-être vrai ; ce n'est pas documenté par les sources rassemblées pour ce journal, et cela ne sera donc pas affirmé ici. Ce qui est établi, c'est un bâtiment séparé, surélevé, protégé des rongeurs, et du grain dedans.

Le grain, à l'échelle du village, avait d'ailleurs son bâtiment public. La Grenette tient son nom du grain qu'elle abritait les jours de marché, et le marché du mercredi existe depuis 1355. Le mazot est la version domestique de la même préoccupation.

Pourquoi à l'écart, et ce que les sources n'expliquent pas

C'est la question la plus intéressante, et elle n'a pas de réponse sourcée.

Aucune des sources rassemblées ici n'explique pourquoi le grenier était bâti séparément plutôt qu'aménagé dans le volume de la ferme. L'explication qu'on entend le plus souvent est le risque d'incendie : un bâtiment à part est un bâtiment qui ne brûle pas avec le reste, et inversement. Elle est plausible et elle n'est pas vérifiée ici.

Ce qui est documenté, en revanche, c'est que le feu était une menace réelle dans cette vallée. Le bourg de Samoëns a brûlé en 1476 lors d'un raid bernois descendu du col de Joux Plane, et la halle du marché a de nouveau été ravagée par un incendie en 1537. Le refuge du Grenairon, plus haut dans la vallée, a brûlé en 1984 et a été reconstruit l'année suivante. Personne, dans ces sources, ne relie ces épisodes au mazot. Le lien reste une hypothèse, et il est présenté comme telle.

Le bois, et une divergence de sources

Les sources qui décrivent le mazot le disent bâti en pin et en sapin. Celles qui décrivent la ferme du Haut-Faucigny répartissent autrement : sapin et épicéa de Savoie et de Haute-Savoie pour la structure, mélèze pour les bardages exposés aux intempéries.

Le pin n'apparaît que dans la première description, l'épicéa que dans la seconde, et rien ne permet de les concilier ici. Les deux listes ne portent d'ailleurs pas sur le même objet : l'une décrit un petit bâtiment de stockage, l'autre une grande ferme d'habitation et d'exploitation. Ce qu'elles ont en commun, c'est le sapin.

Le partage documenté pour la ferme reste, lui, très net. Le mélèze part dehors parce qu'il résiste à l'humidité de montagne et grisonne sans se détruire. Le sapin et l'épicéa restent dedans, où ils portent sans jamais voir la pluie. Un mazot pose une question intermédiaire : c'est un ouvrage entièrement en bois, entièrement dehors, et sans bardage rapporté. Ses madriers sont à la fois la structure et la peau.

Ce que ce petit bâtiment apprend

Il isole une fonction. Toute la logique de la ferme d'ici consiste à mutualiser : un seul toit, une seule charpente, un seul volume chauffé par le bétail en dessous. Le mazot fait l'inverse, pour une seule chose, et il accepte pour cela le coût d'un second ouvrage complet.

Cela suppose que ce qu'il abritait valait ce coût. Dans une économie de montagne où chaque hameau avait sa chapelle, ses fermes et parfois son four, le grain n'était pas une denrée parmi d'autres. C'était la réserve qui décidait de l'hiver.

Sources : fiches d'architecture rurale de Patrimoine Aurhalpin et de tourisme-annecy.net ; article de traits-dcomagazine.fr sur « le Mazot d'Émile » ; articles « Samoëns » et « Patrimoine religieux de Samoëns » de Wikipédia en français ; savoie-mont-blanc.com pour la Grenette. Article général sur un type de bâtiment ; il ne décrit pas un mazot en particulier.

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