Chalet Demi Lune

Patrimoine

La Grenette, la halle à grains de Samoëns

Le nom vient du grain. La halle servait à le mettre à l'abri les jours de marché, et elle a aussi abrité les premières assemblées du village. Elle a brûlé deux fois avant d'être rebâtie en pierre.

Le nom dit la fonction. La Grenette tient son nom du grain, qu'elle servait à protéger des intempéries les jours de marché, avec les semences. Une halle couverte, dans un village de montagne, ce n'est pas un ornement de place : c'est ce qui permet de tenir un marché en octobre sans que la marchandise se gâte.

1355institution du marché du mercredi
1476 et 1537les deux incendies de la halle de bois
XVIIIesiècledate du bâtiment actuel
160exposantsau marché du mercredi aujourd'hui

Un marché institué par lettres patentes

Le marché du mercredi matin est instauré par des lettres patentes signées du comte Amédée VI de Savoie en 1355. Une lettre patente est un acte ouvert, destiné à être lu et opposable à tous : le marché n'est pas une habitude qui se serait installée, c'est une concession écrite, datée, accordée par le souverain.

Cela fait du marché de Samoëns, avec la halle qui l'abritait, l'un des éléments de patrimoine immatériel les plus anciens du village. Il précède de quatre-vingt-trois ans la charte des franchises de 1438 et de plus de deux siècles la confrérie des tailleurs de pierre.

Le titre du signataire mérite d'être noté. Amédée VI, en 1355, est comte de Savoie. Amédée VIII, qui accordera les franchises en 1438, sera duc. Entre les deux actes qui structurent la vie publique de Samoëns, la maison de Savoie a changé de rang.

Ce qu'on y faisait, à part vendre du grain

La halle ne servait pas uniquement au marché hebdomadaire. Elle accueillait deux foires annuelles, des ventes aux enchères de printemps, et des assemblées publiques.

Ce dernier point mérite d'être relevé. Les sources indiquent que ces assemblées sont à l'origine des premières formes de vie municipale locale. Autrement dit, le lieu où l'on pesait le grain est aussi celui où la communauté a commencé à délibérer. Les syndics, eux, étaient élus dans l'église à la Pentecôte. Le village disposait donc de deux salles publiques, une pour la décision religieuse et politique, une pour la décision économique.

Ce qui se vendait à ce marché au Moyen Âge n'apparaît pas dans les sources rassemblées ici. Elles donnent le grain et les semences, parce que c'est ce que la halle protégeait, et rien de plus. Une vallée d'élevage et de forêt échangeait vraisemblablement autre chose, mais ce serait une déduction et non une donnée.

Deux incendies

L'histoire matérielle du bâtiment se lit en trois temps.

La halle médiévale est en bois. Elle est rasée par le grand incendie de 1476, celui du raid bernois qui détruit aussi le château et l'église. Elle est reconstruite à l'identique. Elle brûle de nouveau en 1537.

Le bâtiment que l'on voit aujourd'hui date du XVIIIe siècle. Il est massif, porté par une importante colonnade de pierre, extraite du lieu-dit « Les Fontaines ». Il bénéficie du savoir-faire des tailleurs de pierre locaux, et de préoccupations d'hygiène propres à son époque : une halle de marché est aussi un lieu où l'on manipule des denrées, et le XVIIIe siècle commence à s'en soucier.

La charpente visible aujourd'hui a été refaite dans les années 1880. Certains éléments de la construction d'origine subsistent, mais les sources ne précisent pas lesquels.

Ce qui la protège

La Grenette est incluse depuis 1983 dans le périmètre de protection des monuments historiques, c'est-à-dire dans la zone de protection établie autour de l'église Notre-Dame-de-l'Assomption. Ce n'est pas une protection portant sur le bâtiment lui-même, mais sur son environnement, et elle encadre ce qui peut être construit ou modifié alentour.

Le marché a déménagé

La halle n'accueille plus le marché alimentaire du mercredi matin. Elle sert de lieu de rassemblement pour des événements populaires. Les sources ne datent pas ce déménagement et n'en donnent pas la raison.

Le marché, lui, n'a pas faibli. Il se tient tous les mercredis de 7 h à 13 h, réunit environ 160 exposants, et s'installe sur la place proche de la patinoire, avec une extension dans les rues du cœur de village en saison touristique. On y trouve des viandes, des poissons, des fruits et légumes, des fromages et des charcuteries.

  • Jourmercredi matin
  • Horaires7 h à 13 h
  • Exposantsenviron 160
  • Institué en1355

Plusieurs sites touristiques le classent parmi les meilleurs marchés des Alpes françaises. C'est un avis éditorial, pas un classement officiel, et il vaut ce que valent ces exercices. Le fait vérifiable est plus simple : un marché concédé en 1355 se tient toujours le même jour de la semaine, six cent soixante-dix ans plus tard, dans le même village.

Ce qu'il faut regarder

La colonnade. C'est la partie qui raconte le mieux le bâtiment, parce que c'est la seule qui vient d'ici : la pierre a été extraite au lieu-dit Les Fontaines, taillée par des hommes de la vallée, et dressée pour porter un toit qui a déjà été refait une fois. Le même calcaire, dans les mêmes mains, partait au même moment vers les chantiers de Vauban et les canaux creusés sous Bonaparte. Ces hommes s'appelaient les frahans.

Sources : fiche « La Grenette » de savoie-mont-blanc.com ; article « Samoëns » de Wikipédia en français ; pages marché de l'office de tourisme de Samoëns ; jds.fr et lespepitesdefrance.com pour les données du marché actuel.

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