Chalet Demi Lune

Matières

L'épicéa et le sapin, le bois qui reste dedans

Le mélèze prend la façade, le sapin et l'épicéa prennent tout le reste. C'est le bois des charpentes, des planchers et des cloisons, celui qui travaille toute l'année sans jamais voir la pluie.

Le sapin est sur le blason de Samoëns depuis au moins 1646, date à laquelle le sceau du conseil communal porte déjà les armes encore en usage aujourd'hui. Il y figure pour ce qu'il représente : la richesse forestière de la commune. Les sept monts enneigés qui l'accompagnent disent les alpages, le sapin dit les bois. Une économie de montagne se lit en entier dans ce dessin.

1646le sceau communal qui porte déjà le sapin
1 700 à 1 800mla limite haute de l'étage montagnard
341hade forêts de conifères dans la réserve voisine

Où ils poussent

L'étage montagnard des Alpes du Nord monte jusqu'à environ 1 700 à 1 800 mètres. C'est l'étage des hêtres, des sapins et des épicéas. Il commence bien plus bas que le mélèze, et il englobe le fond de vallée, donc le village et la ferme.

L'ordre de grandeur des surfaces se lit dans l'inventaire de la réserve naturelle nationale de Sixt-Passy, voisine et documentée : 753 hectares de forêts de feuillus, 432 hectares de forêts mélangées, 341 hectares de forêts de conifères, contre 6 900 hectares de roches nues. Un massif calcaire n'est pas un massif forestier. La forêt y occupe les bandes basses et les pentes, entre le fond de vallée et la limite des arbres.

Ce qu'ils font dans une ferme

La ferme traditionnelle du Haut-Faucigny réunit sous un même toit le logis, l'étable et la grange. Le soubassement est en pierre du pays, les élévations en bois. Les sources d'architecture rurale attribuent le sapin et l'épicéa de Savoie et de Haute-Savoie à la structure, et réservent le mélèze aux bardages exposés aux intempéries.

Ce partage définit deux régimes de travail complètement différents.

Un bois de structure vit sous le toit, à l'abri de la pluie directe, dans une humidité qui varie lentement. Il doit être droit, long, régulier, disponible en quantité, et se comporter de façon prévisible sous charge. Il ne lui est pas demandé de résister au ruissellement, parce qu'il n'y est pas exposé.

Un bois de bardage prend la pluie battante, la neige, le gel et le soleil, sur la même face, pendant un siècle. Ce n'est pas le même cahier des charges. C'est pour ça que la répartition existe, et non parce qu'une essence serait noble et l'autre non.

Ce qu'ils ne valent pas dehors

C'est le point qu'un propriétaire doit tenir. Le sapin et l'épicéa ne sont pas interdits en extérieur, ils y sont employés couramment, mais alors sous condition : une protection, un entretien, ou une conception qui les met à l'abri.

Les sources consultées pour ce chantier ne donnent ni classe de durabilité, ni durée de vie comparée, ni chiffre d'aucune sorte sur ce point. Ce qu'elles donnent est plus utile : une pratique constante, sur des siècles, dans une région où l'humidité est extrême. La vallée du Giffre reçoit une lame d'eau de 1 810 millimètres par an, environ six fois la moyenne française. Samoëns relève 1 213 millimètres de précipitations annuelles en moyenne sur la période 1971-2000. Quand des constructeurs qui n'avaient ni traitement chimique ni bardage rapporté choisissent systématiquement une essence pour les faces exposées et une autre pour l'intérieur, l'usage vaut démonstration.

Ce qui est en place ici

Le rez-de-jardin est en pierre. L'étage et les combles sont en ossature bois à lames verticales. La charpente tient depuis le XIXe siècle et reste en place, sous un toit dont la pente de 45 % ne bouge pas.

L'essence de cette charpente existante n'est pas documentée dans les pièces publiées, et il n'y a aucune raison de la deviner. Elle sera identifiée sur place, poutre par poutre, comme le reste de la reprise. C'est le sujet de l'article sur la charpente.

En revanche, le bois neuf est écrit : bardage, menuiseries et charpente en mélèze. Le sapin et l'épicéa ne disparaissent pas pour autant d'un chantier de ce type. Ils restent le bois courant des planchers, des cloisons, des supports et de tout ce qui ne voit jamais l'extérieur, où leur disponibilité et leur régularité valent mieux que la durabilité d'un bois qu'on paierait plus cher pour une qualité inutile à cet endroit.

Le bon bois au bon endroit

C'est la seule règle qui sorte de tout ceci, et elle est plus ancienne que la construction moderne : on ne cherche pas le meilleur bois, on cherche le bois qui correspond à l'exposition du poste. Un mélèze en cloison intérieure est un mélèze gaspillé. Un épicéa en bardage plein sud est un épicéa qu'il faudra entretenir.

  • Structure, planchers, cloisonssapin et épicéa
  • Bardage, menuiseries extérieuresmélèze
  • Soubassementpierre du pays

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