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Patrimoine

Le Gros Tilleul de Samoëns, planté en 1438

Un tilleul de vingt mètres occupe le centre du village depuis presque six siècles. Il n'est pas là par hasard : il a été planté pour dater un acte administratif, et il a survécu à l'incendie du bourg.

L'arbre au centre de Samoëns est un tilleul à grandes feuilles, Tilia platyphyllos, et il a été planté en 1438. Ce n'est pas une estimation d'expert faite sur des carottages : c'est une date d'événement, parce que la plantation était elle-même un événement. La place qui l'entoure porte son nom, place du Gros Tilleul, et elle est le cœur historique du village.

1438année de plantation
20mhauteur
9 à 9,50mcirconférence du tronc selon les sources
588ansen 2026, à compter de 1438

Un arbre planté pour dater un acte

Il a été mis en terre pour célébrer deux décisions du duc de Savoie Amédée VIII. La première, en 1431, accorde aux habitants le droit de se réunir dans l'église chaque Pentecôte pour élire jusqu'à quatre syndics. La seconde, en 1438, leur confirme la possession des alpages de Frétérolle, Chardonnière, Vigny et Cuidex, qui avaient appartenu à l'abbaye d'Aulps. Ces deux actes sont détaillés ici.

Planter un arbre pour marquer une date administrative, c'est choisir un support qui ne se range pas dans une armoire et qui ne brûle pas facilement. La communauté n'avait probablement pas anticipé six siècles. Elle a néanmoins choisi le seul support qui ait tenu aussi longtemps que le texte.

Vingt mètres de haut, neuf mètres de tour

Les dimensions relevées donnent une hauteur de 20 mètres et une circonférence de tronc d'environ 9 à 9,50 mètres selon les sources. L'écart est mineur et s'explique sans mystère : un tronc de cet âge n'est pas un cylindre. Il présente des bourrelets, des cicatrices de branches et des renflements de base, et la circonférence relevée dépend de la hauteur exacte à laquelle on passe le mètre ruban. Un demi-mètre d'écart sur neuf, sur un arbre pareil, ne signale pas une erreur de mesure mais deux points de mesure différents.

L'âge demande la même précaution. L'article de Wikipédia qui lui est consacré lui donne 586 ans, ce qui correspond à un décompte effectué en 2024. À partir de la date de plantation, cela fait 588 ans en 2026. Tout âge publié pour cet arbre porte donc implicitement l'année de sa publication, et vieillit avec elle.

Ce que « classé » veut dire ici

Deux statuts distincts se superposent, et ils ne relèvent pas des mêmes autorités.

Le premier est le label d'arbre remarquable de France, qui distingue des sujets d'exception pour leur âge, leurs dimensions ou leur histoire.

Le second est une protection au titre des sites. Le ministère chargé de l'Environnement tient une fiche officielle intitulée « TILLEUL SUR LA PLACE DE SAMOENS », dont l'existence confirme le classement. Une source secondaire donne le 14 juin 1909 comme date de protection. Cette date n'a pas pu être vérifiée sur la fiche officielle elle-même, le serveur ayant renvoyé une erreur lors de la consultation. Elle est donnée ici avec cette réserve.

Ce que la place a vu

Trente-huit ans après la plantation, en 1476, un raid de cavalerie bernoise descendu du col de Joux Plane ravage le bourg. Le château de Montanier est détruit et ne sera jamais reconstruit, l'église est brûlée, la halle du marché rasée. L'arbre avait alors la taille d'un jeune tilleul de trente-huit ans, sur une place entourée de bâtiments en feu.

Autour de la place, les bâtiments qui comptent se sont installés par étapes. La Grenette, halle du marché, est reconstruite en pierre au XVIIIe siècle après deux incendies. L'église Notre-Dame-de-l'Assomption garde la base de son clocher du XIIIe siècle et se relève par tranches jusqu'en 1840. Le château de la Tour, demeure seigneuriale reconstruite au XVIIe siècle, devient la mairie en 1842 et l'est resté, après une réhabilitation achevée en 2013.

Ces bâtiments se partageaient les fonctions. Les habitants élisaient leurs syndics dans l'église, chaque Pentecôte. La halle abritait le marché du mercredi, deux foires annuelles, des ventes aux enchères de printemps et des assemblées publiques, d'où sont sorties les premières formes de vie municipale locale. Le château de la Tour n'est devenu l'hôtel de ville que quatre siècles plus tard, en 1842. La place, elle, ne portait aucune de ces fonctions en propre. Elle les reliait, et c'est là que l'arbre a été planté.

La place aujourd'hui

Elle reste le lieu des rassemblements du village. Le marché du mercredi matin, institué en 1355, se tient à proximité, sur la place voisine de la patinoire, et déborde dans les rues du cœur de village en saison touristique. En décembre, le Village de Noël s'installe place du Gros Tilleul, avec sa procession, la tombola des commerçants et le défilé du Père Noël. Le 15 août, la place accueille une soirée guinguette.

Les fontaines de la place ont été restaurées par Guillaume Bozonnet, l'un des deux tailleurs de pierre encore en activité à Samoëns. Le métier qu'il exerce occupait, à la fin du XVIIIe siècle, neuf hommes sur dix dans cette vallée. Il reste donc, sur cette place, un arbre planté par une communauté qui venait d'obtenir ses alpages, et des bassins retaillés par un homme qui pratique le dernier métier qu'elle ait exporté.

Sources : articles « Gros tilleul de Samoëns », « Samoëns » et « Château de Montanier » de Wikipédia en français ; fiche « TILLEUL SUR LA PLACE DE SAMOENS » du ministère chargé de l'Environnement ; pages événementielles de l'office de tourisme de Samoëns ; article « Les deux derniers Frahans de Samoëns » de 123savoie.com.

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